Plan Juncker : 315 milliards pour relancer la croissance

Ce matin le Président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a présenté son plan d’investissement pour l’Europe. Le Luxembourgeois prévoit un montant de 315 milliards d’euros, destinés à relancer la croissance.

Ce plan s’articule autour d’ingénieux, quoique risqués, mécanismes financiers et d’une organisation améliorée. En effet, l’Europe ne dispose pas de 315 milliards d’euros planqués sous son matelas et qui feraient subitement leur apparition. Il s’agit plutôt d’optimiser l’utilisation des ressources déjà disponibles.

© European Union, 2014

© European Union, 2014

Le plan comportera trois volets :

  • La création d’un Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS)
  • La mise en place d’une réserve de projets crédibles
  • La suppression des obstacles réglementaires et des formalités administratives excessives

Concrètement :

Le Fonds européen pour les investissements stratégiques (à ne pas confondre avec le Fonds européen d’investissement existant déjà !) devrait permettre de mobiliser 315 milliards d’euros d’investissements dans l’économie réelle au cours des trois prochaines années. C’est là que les mécanismes financiers entrent en action. Le capital de base sera fourni conjointement par le budget de l’UE (8 milliards) et par la Banque européenne d’investissement (5 milliards). S’ajoutent à cela 8 milliards issus du mécanisme pour l’interconnexion en Europe (3,3), du programme Horizon 2020 (2,7) et des marges budgétaires (2). Cela fait donc €21 milliards de départ. D’où viendra le reste ? D’investisseurs privés. Du moins c’est l’espoir du plan Juncker. D’après les estimations de la Commission et de la BEI, chaque euro d’argent public utilisé devrait générer 15€ d’investissement privé supplémentaires…

L’idée est de compter sur les garanties qu’offrira le FEIS pour encourager les apports privés. En effet, le Fonds se concentrera sur les investissements plus risqués, notamment des projets à plus long terme, mais offrira aussi une garantie aux investisseurs. En cas de perte, le Fonds couvrira ces montants (« first losses »). Une façon de rassurer les investisseurs privés et de les encourager à mettre la main au portefeuille.

Car de l’argent il y en a en Europe. Le manque d’investissement ne vient pas d’un problème de liquidités, mais bien de confiance de la part des entreprises et investisseurs. Ajoutez à cela des projets jugés trop risqués (perception due au manque de confiance, et vice versa) et d’interminables paperasseries et on obtient la recette parfaite de la peur d’investir. L’objectif du FEIS est donc de relancer la machine en offrant des garanties fiables…Mais garanties ou pas, ça sent quand même bien le coup de poker. Que fera la Commission si les investisseurs privés ne suivent pas, ou pas à la hauteur escomptée ?

Les autres mesures du plan passent par une organisation améliorée des projets d’investissements. La Commission identifiera les priorités, notamment en matière d’économie numérique, d’infrastructures numériques et de transport, de recherche, d’innovation etc. Une réserve de projets viables sera constituée et mise à jour régulièrement. Il s’agira d’une sorte d’interface centralisée pour les investissements en Europe. Des experts chargés des questions techniques s’occuperont de la gestion des projets et des décisions d’investissements en fonction du mérite (et non de quotas par secteurs ou pays). Il n’y aura donc aucune intervention politique dans le choix des projets, les fonds seront dirigés là où ils sont réellement nécessaires et utiles. Chaque proposition sera évaluée en fonction de la valeur ajoutée qu’elle peut apporter à l’UE, de sa viabilité et de sa valeur économique (priorité aux projets présentant des bénéfices socio-économiques élevés) et de leur rapide faisabilité et mise en place (idéalement dans les 3 ans).

Enfin le troisième volet du plan vise à diminuer les charges administratives et la complexité réglementaire en Europe. Ces lourdeurs constituent en effet des barrières à l’investissement pour certaines entreprises, notamment les PME qui ne disposent pas toujours des ressources nécessaires pour faire face à ces contraintes. Il s’agira donc de supprimer les obstacles réglementaires et non réglementaires, en particulier dans le domaine des infrastructures (énergies, télécommunications, transport, numérique etc.), mais aussi sur les marchés des services et des produits. Afin de faciliter la vie des entreprises, la Commission envisage en outre la création d’un marché unique des capitaux afin d’améliorer l’offre en faveur des PME et projets à long terme.

Ce nouveau plan d’investissement devra être approuvé par le Parlement et le Conseil européen de mi-décembre, qui devront prendre les mesures législatives nécessaires à sa mise en œuvre. La Commission table sur un lancement en juin 2015.

La proposition de Juncker vient compléter deux axes empruntés par l’Union européenne ces dernières années, à savoir la responsabilité budgétaire et les réformes structurelles. Ces deux piliers ont certes permis de garder l’église au milieu du village durant la crise, et même d’en fortifier les fondations, mais ils n’ont pas permis de lui donner un coup de peinture fraiche. C’est l’objectif du plan présenté aujourd’hui, même si seul, il ne suffira pas à régler tous les problèmes de l’Europe. Pour Jean-Claude Juncker, ce plan marque clairement un changement de culture en s’orientant vers des terrains plus risqués. Un pari sur l’avenir donc. Pourtant des prises de risque excessives sont en partie responsables de la crise…N’est-ce pas risqué de parier à nouveau sur le risque ?

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