Marianne Thyssen : ses réponses aux questions écrites des députés européens

L’audition de Marianne Thyssen devant le Parlement européen a eu lieu ce matin à 9 heures. Candidate au poste de Commissaire en charge de l’emploi, des affaires sociales, des compétences et de la mobilité des travailleurs, la belge avait auparavant répondu aux questions écrites des députés.

Hearing of Marianne Thyssen

© European Union, 2014

Devant les membres de la Commission parlementaire « Emploi et Affaires sociales » (assistés des commissions « Culture et éducation » et « Droits de la femme et égalité des genres »), Marianne Thyssen a dû démontrer ses compétences pour le poste de Commissaire européen.  Qualifications, connaissances des différentes matières, aptitude à gérer des dossiers complexes, indépendance et engagement à travailler en étroite collaboration avec le Parlement faisaient partie des critères évalués par les députés.

Si d’aventure cette évaluation n’était pas concluante, la Belgique pourrait replonger dans d’intenses négociations politiques en vue de la désignation d’un nouveau candidat. Mais nous n’en sommes pas là. Avant cette audition Marianne Thyssen, comme tous les autres candidats commissaires, a répondu aux premières questions écrites des « examinateurs ». Petite vue d’ensemble de ces réponses.

Tout en soulignant son attachement à l’Europe, et ses 23 années en tant que députée européenne, Marianne Thyssen a rappelé l’importance des citoyens comme axe central de l’action politique, et le soin qui doit être mis à regagner leur confiance : « Chaque économie, chaque société, y compris l’Européenne, ne peut fonctionner que si les gens sont pris comme point de départ », déclare-t-elle.

Après avoir évoqué les différentes mesures prises pour répondre à la crise économique et financière (Union bancaire, Stratégie Europe 2020 etc.), Marianne Thyssen précise que ces réformes n’ont pas pour autant restauré la confiance du public : « Le défi de la période qui arrive est de développer l’UE de façon à ce qu’elle rencontre les besoins et inquiétudes des citoyens. L’Europe ce n’est pas seulement le marché {…}, l’Europe c’est avant tout les gens. » Marianne Thyssen met également l’accent sur l’équité sociale, en précisant que les politiques européennes des cinq prochaines années devront prendre en compte les conséquences sociales de chaque action, peu importe le domaine. C’est, selon elle, la condition sin qua non pour restaurer la confiance dans le projet européen. Elle s’attachera donc à améliorer la prise en compte des dimensions « création d’emploi » et « social » dans le Semestre Européen, le réexamen de la Stratégie Europe 2020 et l’approfondissement future de l’Union Economique et Monétaire.

En ce qui concerne son portefeuille, Marianne Thyssen précise ses priorités: l’emploi évidemment et une protection sociale forte pour les gens qui ne peuvent plus travailler (maladie, vieillissement etc.) Selon elle : « Une société saine encourage les gens à prendre leurs responsabilité s’ils le peuvent, mais se soucie de ceux qui risquent d’être à la traîne et qui ne peuvent pas faire face, en particulier les gens menacés d’exclusion ou de pauvreté. »

En tant que Commissaire européenne, si elle est élue, Marianne Thyssen tentera de créer les conditions favorables pour que les millions de gens qui ont perdu leur emploi puissent retrouver le chemin du travail. Malgré un chômage important, il y a une pénurie de travailleurs qualifiés dans certains secteurs. Selon Mme Thyssen, les opportunités offertes par le changement technologique et l’utilisation efficace des ressources permettront de répondre à ces phénomènes. Il est donc nécessaire de créer plus de possibilités pour les travailleurs de s’adapter à ces changements.

Marianne Thyssen estime également nécessaire de développer l’intégration du marché du travail européen, pour dépasser les clivages et barrières que constituent 28 marchés divergents. En particulier, l’UE devrait aider à coordonner les efforts publics et privés pour améliorer la participation à ce marché. Cela passe par une meilleure mise en relation des entreprises (en particulier les PME) et des demandeurs d’emploi, avec un accent sur les jeunes et les chômeurs de longue durée.

Pour cela, la candidate belge appelle à une relance du dialogue social à l’échelon européen, lui-même porteur d’une relance des réformes. L’objectif étant d’associer davantage les principaux acteurs, à savoir les entreprises, les travailleurs, les demandeurs d’emploi, et leurs représentants. Une présence accrue de ces acteurs de terrain est nécessaire pour obtenir un consensus sur les actions à mener en priorité afin de créer des emplois et de stimuler la croissance européenne.

© European Union, 2014

© European Union, 2014

Concrètement, Marianne Thyssen propose de travailler sur différents axes. Il faut selon elle relancer les investissements pour l’emploi et la croissance. Pour y parvenir, elle envisage une utilisation plus efficace des ressources disponibles. Elle souhaite notamment accélérer et étendre la Garantie Jeunesse et faire en sorte que les fonds soient réellement alloués à des projets dont le but est de réduire le chômage des jeunes. Mais elle précise que l’argent ne sera pas gaspillé pour rien. Si un projet ne donne pas de résultats satisfaisants, les ajustements nécessaires seront effectués ou l’initiative sera tout simplement abandonnée et les ressources redirigées vers des mesures plus efficaces. « Aujourd’hui plus que jamais, nous n’avons ni temps, ni argent à perdre » déclare-t-elle.

Afin de lutter contre le chômage, Marianne Thyssen met également l’accent sur les compétences. Aujourd’hui, en plus de ce chômage massif, il y a un manque de travailleurs qualifiés, en particulier dans les secteurs porteurs d’emploi et de croissance (ex : emploi verts, à haute valeur technologique ajoutée etc. NDLR). Il existe également une distorsion entre les compétences disponibles et celles recherchées par les entreprises. Pour remédier à ce phénomène, la belge souhaite plus de mesures : « Nous ne devons pas seulement discuter de la nécessité de l’éducation permanente, nous devons aussi proposer des programmes concrets ». Cette offre de formation ne concerne pas uniquement les jeunes, mais aussi les travailleurs plus âgés et les chômeurs de longue durée. L’amélioration des possibilités d’apprentissage tout au long de la vie devrait permettre la transition vers les secteurs d’avenir.

Mais des travailleurs mieux qualifiés là où il n’y a pas de possibilités d’emploi n’aurait aucun sens. Mme Thyssen souhaite donc renforcer la mobilité au sein du Marché Unique. Le marché du travail européen est fragmenté, en raison notamment de différences de plus en plus grandes dans la demande de main d’œuvre entre les pays et des écarts de salaires et de standards sociaux. Elle envisage donc de promouvoir la libre circulation des travailleurs comme facteur clé de la réussite du Marché intérieur. Selon elle, les Etats membres et les partenaires sociaux doivent travailler ensemble pour renforcer les règles existantes et lutter contre les abus. Elle en appelle en particulier aux Etats, qui « se plaignent souvent, mais négligent de faire respecter correctement les règles. »

Il sera également nécessaire de travailler sur la protection sociale. C’est, selon Thyssen « un investissement essentiel dans notre prospérité ». Les pays ayant les systèmes sociaux les plus efficaces font parties des économies les plus performantes et compétitives. Il faut donc améliorer ces systèmes dans l’ensemble de l’UE, notamment en raison du vieillissement de la population qui met les aînés et la protection sociale sous haute pression. Marianne Thyssen encouragera donc des politiques de soutien aux groupes vulnérables et de lutte contre l’exclusion sociale et la pauvreté. Ces matières n’étant pas une compétence exclusive de l’Europe, Thyssen appelle à nouveau les Etats et partenaires sociaux à coordonner leurs efforts afin de promouvoir l’équité sociale dans l’Union Européenne.

On le voit les chantiers qui attendent Marianne Thyssen sont nombreux et complexes. Création d’emplois, renforcement de la protection et de l’équité sociale, lutte contre la pauvreté et le dumping, amélioration de la formation en continu, développement de la Garantie Jeunesse ne sont que les parties visibles de l’iceberg. Il lui faudra aussi améliorer les conditions d’accès au marché du travail des personnes fragilisées (personnes handicapées, chômeurs de longue durée, femmes, main d’œuvre peu qualifiée etc.). Pour réaliser ces objectifs, elle disposera d’une part équivalent à 10% du budget total de l’UE. Elle compte également sur un travail d’équipe, impliquant non seulement les autres Commissaires et le Parlement Européen, mais aussi les Etats membres et les partenaires sociaux.

A la fin de son audition ce matin, Marianne Thyssen a conclu sur une déclaration forte : « Si dans 5 ans nous sommes en mesure de dire qu’aujourd’hui l’Europe compte plus d’emplois et moins de pauvres, alors et alors seulement nous saurons que nous avons fait la différence pour nos citoyens. L’Europe ne compte que si elle existe pour les citoyens. »

Une belle phrase qui s’ajoute à ses déclarations écrites. Il reste à voir comment ces promesses seront appliquées de façon concrète, si elle est confirmée à son poste de Commissaire européenne.

 

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