Les élections européennes sont-elles surfaites ?

D’ici quelques jours, 400 millions de citoyens (on peut rêver) iront voter pour élire leurs nouveaux députés européens. Depuis plusieurs semaines, on a droit au tapage médiatique qui précède n’importe quelle élection, et les appels aux votes se succèdent. « Allez voter, faites entendre votre voix ! Vous avez le pouvoir de changer les choses ! » Mais est-ce vraiment le cas ?

Quelle merveille les élections. Le fondement de la démocratie. Sans elles, comment pourrions-nous faire avancer l’Europe dans la bonne direction?

Passons sur le côté idéaliste de la chose et arrêtons-nous un moment sur la réalité des faits. Nous élirons bientôt 751 députés européens, pour une durée de cinq ans. C’est un fait. Ces députés seront sur un pied d’égalité, ou presque, avec le Conseil pour voter la plupart des lois (mais pas toutes) durant cette période. C’est un fait également. En allant voter, les citoyens décideront de la direction que prendra l’Europe. Ça, ce n’est pas un fait, c’est un mythe. Voire un mensonge.

Bien sûr le Parlement européen est d’une nécessité irrévocable, et personne ne dira le contraire. Durant la dernière législature, les députés ont démontré à quel point leur travail était utile et important (en témoigne le fameux cas ACTA). Ne remettons donc pas cela en question. En revanche, l’importance accordée à ces élections pour l’avenir de l’Union semble un petit peu surfaite.

Le Parlement, bien qu’ayant acquis de plus en plus de pouvoir grâce aux traités successifs, partage ce pouvoir avec le Conseil et ne dispose toujours pas du pouvoir d’initiative législative. En clair, contrairement à n’importe quel Parlement, les députés ne peuvent pas proposer de législation. Ils doivent attendre que la Commission, institution non élue, le fasse (même si les députés, ainsi que le Conseil, peuvent demander à la Commission de rédiger une proposition). Ensuite, cette proposition est également discutée au sein du Conseil, formé par les ministres compétents des 28 Etats membres. Et c’est là que le bât blesse.

Ces 28 visions ne s’accordent pas facilement. Chacun défend son intérêt personnel, et tant pis si cet intérêt va à l’encontre de l’intérêt européen. Et si une mesure impopulaire est prise, c’est toujours la faute de « Bruxelles » ou de « l’Europe ». Comme si l’Union Européenne était une entité indépendante, située dans un monde parallèle et totalement détachée des Etats membres.

Ces ministres nationaux forment le troisième corps législatif européen lorsqu’ils discutent au Conseil. Donc oui les élections européennes sont une nécessité. Mais qu’on arrête de nous présenter ça comme la seule façon d’influencer l’UE. Certes, en votant les citoyens auront un impact sur la direction qu’elle prendra, mais en partie seulement. Tant qu’ils n’auront pas compris que c’est au niveau national qu’il faut agir, l’Europe ne changera pas de trajectoire. Les ministres élus dans chaque Etat membre sont ceux qui siègeront au Conseil et qui auront donc aussi un rôle dans la législation à venir. Continuer à y envoyer des gens n’ayant aucune vision fédératrice, ou au moins efficace, de l’Europe ne permettra pas à celle-ci d’avancer et de se réinventer. Les individualismes, disons même égoïsmes, de certains Etats membres sont les véritables responsables de l’échec de l’Union européenne à réaliser son vrai potentiel. Les outils et structures sont là, pour réaliser toutes les ambitions européennes et devenir enfin un vrai leader mondial. Mais l’inconsistance et le manque de vision claire et forte de beaucoup de membres du Conseil empêche l’Europe d’évoluer et de prendre la place qu’elle mérite.

Il faut donc que les citoyens agissent au niveau national. C’est en nommant des responsables nationaux qui défendent un vrai projet pour l’Union européenne, et qui porteront ce projet lors des discussions au Conseil, que les électeurs pourront enfin avoir un véritable impact sur l’avenir de l’Europe. Choisir la composition du Parlement européen c’est bien. Améliorer celle du Conseil c’est encore mieux.

 

Pour rappel, voici comment une loi se discute au niveau européen (en français sur EuroparlTV)

 

English version of the piece here

© EuroparlTV

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